Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage. (Molière)

Le pillage de Noyon

Un site archéologique pillé dans l'Oise  
Au matin du 9 février 2010, le chantier archéologique de Noyon (Oise) est retrouvé parsemé de trous de pillage. Ce fait ne sera divulgué que le 15 février par un communiqué de presse de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives ) dénonçant "un groupe de pilleurs, équipés de détecteurs de métaux". Bien évidemment, l'utilisation de détecteurs de métaux n'étant pas prouvée, il ne s'agit là que de présomptions, mais cela n'empêche pas le même Inrap de lancer, quelque jour plus tard dans sa lettre d'information n° 47, une accusation plus précise : "Dans ce lieu [...] des utilisateurs de détecteurs de métaux, ont réduit à néant le patient travail des archéologues, à l’instar de voleurs d’œuvres dans les musées, ou d’incendiaires dans des archives."
Ce ne sont plus des "pilleurs" mais tout simplement des "utilisateurs de détecteurs de métaux" comparés ici à des voleurs ou des incendiaires! L'orientation que l'on veut donner à cette affaire devient claire !
Cette occasion de diaboliser un peu plus lesdits utilisateurs de détecteurs de métaux étant trop belle, le ministre de la Culture, qui, rappelons-le, n'a jamais trouvé le temps de répondre aux multiples courriers et lettres ouvertes que lui ont adressé les diverses associations d'UDM, demande, dès le 15 février, au Conseil national de la recherche archéologique de constituer un groupe de réflexion. Sur quel sujet ? "Contre le pillage de sites archéologiques à l’aide de détecteurs de métaux".....
Quid de la "présomption d'innocence" ?

Médiatisation 
A partir de ce moment là, tous les médias reprendront jour après jour les propos de l'archéologue responsable du chantier qui, soit dit en passant, se trouve être secrétaire national de l'association anti-UDM, et qui ne manquera donc pas une occasion d'enfoncer le clou avec la complicité, sans doute souvent involontaire, de certains journalistes.
Le communiqué de l'Inrap parle d'une "centaine de trous". Dans son infolettre n° 9 l'association anti-UDM annonce "plus de 150 trous". Le 7 mars, le journal L'Humanité parlera même de "près de 275 trous". Chiffre repris, 3 mois plus tard sur FR3.
Puisque l'on en est à allègrement transformer des suppositions en affirmations, le journal "La Croix" n'hésite pas à rapporter des propos du même responsable du chantier selon lesquels "un groupe organisé de trois à cinq personnes, selon les traces laissées par les détecteurs et les pelles s’est introduit de nuit, probablement avec des lampes frontales...". Tout le monde sait bien pourtant qu'un détecteur ne laisse absolument pas de traces, et que rien ne ressemble plus au trou d'une pelle que le trou d'une autre pelle !
Mais qu'importe ? On parle détecteurs, trous, pelles le reste se fera dans l'esprit du lecteur.

Analyse 
Mais au moins, une enquête sérieuse a-t-elle été faite sur ce pillage ? A la lecture des informations données ci-dessus, on peut sérieusement se poser la question !
L'utilisation de détecteurs de métaux, si elle est bien évidemment soupçonnable et probable, n'est pas prouvée (présomption d'innocence). Et le nombre de trous qui passe rapidement de 100 (un chiffre déjà important) à 275 à de quoi faire réfléchir !
Lorsque l'on sait qu'en cette nuit du 8 au 9 février, la température était négative dans cette région, la question qu'il aurait été logique que les enquêteurs se posent est : "comment 3 à 5 personnes ont-elles pu, non seulement passer efficacement leurs détecteurs sur une si grande surface, mais également creuser discrètement 275 trous, tout ceci de nuit, dans un sol gelé, à la seule lumière de lampes frontales ?"
Ne devrait-on pas soupçonner plutôt l'action d'une véritable bande de pillards organisés, venus nombreux, peut-être même d'un pays étranger, et travaillant "à la chaîne" avec par exemple quelques membres effectivement équipés de détecteurs de métaux pour repérer les éventuels artéfacts métalliques, et des "creuseurs" beaucoup plus nombreux chargés de récupérer, derrière eux, les objets détectés ?
Seul ce genre d'organisation peut expliquer un tel nombre de trous, sur une telle surface, dans des conditions aussi défavorables.
C'est beaucoup plus réaliste que d'accuser des prospecteurs de "loisir" de destruction du patrimoine.
Mais, là encore, on peut se demander si le but de tout ce battage et de toutes ces accusations est bien, au final, de protéger le patrimoine ?
Et il est sûrement plus facile de réduire les libertés individuelles de milliers de passionnés que de combattre efficacement le crime en bandes organisées.

Conclusion 
A la question écrite (n° 70842) posée, en février, par un député, le ministère de la Culture répond : " Il entre dans les attributions du Conseil national de la recherche archéologique, présidé par le ministre de la culture et de la communication, de débattre de toute question relative à l'étude, à la protection et à la conservation du patrimoine archéologique et de proposer toute mesure susceptible d'en améliorer la mise en oeuvre. C'est ainsi qu'un groupe de travail a été institué à la demande du ministre au sein de ce conseil afin de mener une réflexion sur ce sujet, de procéder aux consultations et auditions nécessaires, en vue de l'émission dans le courant de l'année 2010 d'une série de propositions".
Des consultations et auditions dont, pour l'instant, la fédération et les diverses associations d'utilisateurs de détecteurs de métaux ont curieusement été écartées.
Alors, dès le début cette affaire n'aura-t-elle été que la "chronique d'une mort annoncée" ?

Ah! J'allais oublier... 
On dit souvent que le hasard fait bien les choses. C'est sans doute vrai mais pas pour tout le monde ! Dans ce cas précis, ce que les commentateurs appellent les "hasards du calendrier" n'auront, encore une fois, pas étés favorables aux UDM.
Rappelez-vous que le pillage a eu lieu dans la nuit du 8 au 9 février 2010. Or, le week-end précédent, celui des 6 et 7 février se sont tenues les assemblées générales annuelles de la FNUDEM (Fédération Nationale des Utilisateurs de Détecteurs de Métaux) et de l'ANDL (Association Nationale de la Détection de Loisir). Et le week-end suivant, le 13 février, avait lieu l'assemblée générale ordinaire de l'association anti-UDM.
C'est à dire que ce pillage est survenu un poil trop tard pour que les associations d'UDM puissent évoquer ce grave problème lors de leurs AG respectives, mais pile-poil à la bonne date pour que les membres de l'association anti-UDM puissent mettre au point leur stratégie d'attaque, relativement à cet évènement, pendant la leur.
Là, franchement, on n'a pas eu d'bol !!!!

Références 
Courrier au Ministre de la Culture. 
Courrier adressé au Ministre de la Culture par l'ANDL (Association Nationale pour la Détection de Loisir).
Monsieur le Ministre, C’est avec stupeur et une vive indignation que nous avons pris connaissance du pillage sur le site archéologique de Noyon, dans l’Oise, survenu dans la nuit du 8 au 9 février 2010. Nous ne pouvons que déplorer cette action criminelle, probablement motivée par l’appât du gain généré par le trafic illégal d’antiquités. Le préjudice est immense et nous touche tous. Les chercheurs et archéologues, privés de leurs ressources d’études, les citoyens, privés de leur histoire et patrimoine, mais aussi les utilisateurs de détecteurs de métaux, inévitablement assimilés à des pilleurs qui utilisent ces appareils pour commettre leurs méfaits. Nous avons lu avec grand intérêt votre communiqué de presse en date du 15 février dernier. Nous sommes ravis de constater votre intérêt sur ce sujet ainsi que de votre initiative d'engager une réflexion sur la protection du patrimoine archéologique en constituant un groupe de travail au niveau du Conseil National de la Recherche Archéologique. C’est pourquoi nous attirons votre bienveillante attention sur le fait que nous souhaitons vivement participer à ce groupe de réflexion. Les membres de notre association, l’Association Nationale pour la Détection de Loisir, créée il y a maintenant 5 ans, sont des utilisateurs de détecteurs de métaux. Bien entendu, nos membres connaissent les lois protégeant le patrimoine, l'art et l'histoire, les interdictions et leurs obligations, et sont sensibilisés à ces problèmes. Nous sommes intimement convaincus, Monsieur le Ministre, que nous pouvons aider à trouver des solutions au sein du groupe de travail au CNRA, aussi nous vous serions très reconnaissants de l’obligeance avec laquelle vous voudrez bien examiner notre demande. Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre très haute considération.
Mention légale : 
Article L.542-1 du Code du patrimoine : « Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche. »